
Le futur sera rouge !
Je vous écris après une semaine intensive passée en Chine, sur le chemin du retour qui me ramène vers Bordeaux où je m’apprête à déguster les premiers échantillons du très prometteur millésime 2009. Ce millésime naît dans un contexte de crise financière mondiale qui, pour la première fois dans l'histoire récente, a provoqué une baisse du marché des vins fins. 2009 sera aussi l'année où j'ai pris la décision courageuse de racheter tout le capital de BDXV et de renommer la société BORDEAUX WINEBANK, dans le but de constituer un des plus grands groupes mondiaux spécialisés dans le négoce des grands vins de Bordeaux.
Pendant le vol qui me ramenait de Pékin, j'ai eu le temps de repenser au chemin parcouru depuis mes débuts.
Fait notable, lorsque j'ai créé ma première société de vin - Vinhuset - en Norvège en 1992, le « nouveau monde » était très en vogue, et Bordeaux, au contraire, était considéré comme une étoile vieillissante, telle la ville, grise et endormie, située au centre d’une région viticole qui n’avait rien de très excitant à l’époque. Depuis beaucoup de choses ont changé, et je suis vraiment heureux et honoré de faire partie de cette nouvelle vague.
Je me souviens encore de mon premier voyage à Bordeaux en 1996, lorsque je m’étais engagé, au volant de ma Twingo louée, dans la fameuse allée du Château Margaux, pour prendre mes premiers clichés de la "grande dame" de Bordeaux. Comment imaginer que 14 ans plus tard, nous serions devenus les plus grands collectionneurs de leurs vins !
Ce voyage de 1996 aura été décisif dans ma carrière, car c’est au cours de ce séjour que je suis tombé véritablement amoureux de la région. Alors que je me promenais de village en village pour goûter les différents crus de Bordeaux, je regardais s’il n’y avait pas de châteaux à vendre, car je projetais déjà de m’installer dans la région (même sans le moindre sou en banque à l’époque !). Pourquoi ? Parce que Bordeaux est tout à fait unique : la complexité, la finesse, l'élégance, les châteaux, l'histoire et, surtout, les prix de vente qui ne cessent de grimper !
Bordeaux n'a pas été mon seul coup de foudre à l’époque. En 1995, j’épousais Marina. Après avoir passé notre lune de miel dans son pays natal, Singapour, nous avons décidé d’y acheter une résidence secondaire. L'Asie était en plein essor et l’engouement autour des vins de Bordeaux, et en particulier pour le millésime 1996, avait poussé les cours à des niveaux si élevés que le marché était prêt à rompre, ce qui se confirma avec le millésime 1997. Toutefois, l'enthousiasme manifesté pour les vins de Bordeaux était pour moi le signe que l’Asie serait bientôt un marché important pour Bordeaux, une fois que l’économie aurait trouvé un second souffle.
La société norvégienne étant gérée par une équipe en qui j’avais toute confiance, je projetais en 1998 de développer mes activités en Asie. Sans client, ni contact, c’était un projet ambitieux mais j’avais l’intime conviction que c’était la bonne décision. J’ai donc multiplié les voyages sur place afin de mieux comprendre le marché et de trouver sur place les bons interlocuteurs.
Ex Château/CBO Caisse bois d'origine
J'ai fini par trouver le bon partenaire en 2003 en la personne du jeune et talentueux Tan Cheng Teik, qui revenait tout juste de sept années passées à San Francisco où il s’était occupé d'importer et de distribuer des vins californiens à Singapour. Ensemble, nous avons créé la BDXV Luxury Wine Company et avons pris la décision stratégiquement importante de nous approvisionner directement et uniquement auprès des châteaux. Nous avons ajouté la mention « ex Chateau / Bordeaux » à notre logo pour bien souligner notre engagement constant de qualité.
BDXV est rapidement devenu le spécialiste « ex-château » de l'Asie, et fort de ce succès, nous avons créé en 2006 BDXV France - notre société de négoce à Bordeaux. Avec l'appui financier de plus de 300 clients privés répartis dans toute l'Asie, nous avons pu réaliser une ambitieuse campagne d'achat, la plus importante en parts de marché (qui plus est, dans un très grand millésime comme 2005).
Lorsque Tan Cheng Teik a opté pour une retraite anticipée en 2009, je suis devenu l'unique propriétaire du groupe. À ce stade, il était devenu nécessaire de créer une holding regroupant l’ensemble des activités. Avec un stock de vins valorisé à plus de 80 millions d'euros, destiné aux acheteurs privés et institutionnels, le nom BORDEAUX WINEBANK s’est imposé naturellement et avait le grand avantage de faire écho à notre vocation : conserver et protéger les meilleurs vins de Bordeaux jamais produits pour les générations à venir.
Le vin est fragile - à manipuler avec précaution !
En tant que pionnier du concept de « traçabilité » appliqué aux grands vins de Bordeaux, nous avons créé et fait breveter la mention « Five Star Provenance » en 2009.
Chaque caisse de notre stock provient directement du château et bénéficie du certificat « Five Star Provenance », qui garantit à l’acquéreur que les vins leur parviendront dans un état optimal, tel qu’ils ont quitté le chai.
Le vin est un produit fragile et les collectionneurs ignorent très souvent le cheminement des vins ainsi que les conditions dans lesquelles ils ont été stockés et transportés, depuis qu’ils ont quitté le château. Les bouteilles ont pu changer de mains jusqu'à dix fois, avoir transité d’un pays à l’autre, en subissant les altérations dues à des manipulations répétées et aux changements de température. Hélas, le collectionneur le découvre, en général, trop tard, une fois la bouteille débouchée !
L’objectif de Bordeaux Winebank sera toujours de donner aux amateurs du monde entier la possibilité de collectionner, de déguster et d’apprécier les grands vins de Bordeaux dans les mêmes conditions qu’au château, et cela qu’ils soient à New York, Londres, Hong Kong ou Tokyo. Même s’ils achètent des vins âgés de 25 ans.
Retour vers un futur rouge
Après une tournée d’une semaine en Chine, dans plusieurs villes, et à l’occasion de dîners et de séances de présentation, il ne fait pas de doute que ce pays jouera un rôle très important dans l’avenir des vins de Bordeaux. Pendant des années, d’énormes capitaux se sont constitués et, dans cette période de transition entre communisme et capitalisme, les chinois ont de l’argent à dépenser et la volonté de le faire dans ce que la vie offre de meilleur (et en matière de vins, les meilleurs sont produits à Bordeaux).
C’est en Chine que j’ai rencontré les amateurs de vins les plus passionnés, et je reste impressionné par les possibilités qu’offre ce marché. La Chine jouera un rôle sans doute essentiel pour l'avenir de notre société. Au cours de l’année qui vient, nous inaugurerons un nouveau centre logistique à Hong Kong et nous avons déjà établi des contacts à Shanghai, Beijing et Shenzhen pour créer des clubs de dégustation afin de sensibiliser les amateurs chinois aux vins qu’ils aiment, c’est à dire les vins de Bordeaux. Et comme 90% de ces vins sont rouges, nous pouvons affirmer avec certitude que l'avenir sera bien rouge !
Si le millésime 2009 tient ses promesses, nous pensons pouvoir répéter ce que nous avons fait avec le millésime 2005 et devenir ainsi l’un des acteurs les plus importants et les plus qualifiés du marché des grands vins de Bordeaux - avec la certification « Five Star Provenance » pour chaque caisse que nous vendons.
Henning Thoresen
Actionnaire Principal et Président